Depuis le 1er janvier 2026, l'eau du robinet doit respecter une limite pour les PFAS, les « polluants éternels ». J'ai voulu savoir ce que cette limite donnait sur le terrain. J'ai donc téléchargé les 29 300 résultats officiels de la somme des 20 PFAS publiés par le contrôle sanitaire, et je les ai rapportés aux 34 883 communes françaises et à leur population.

Ce qu'on y trouve, en quatre chiffres :

  • 25,9 millions d'habitants vivent dans une commune pour laquelle aucun résultat n'a encore été publié. Parmi eux, Strasbourg, Angers, et la plus grande partie des Hauts-de-Seine et du Val-de-Marne.
  • 113 communes, soit 1 million d'habitants, ont dépassé la limite au moins une fois.
  • 19 communes la dépassaient encore lors de leur dernier prélèvement publié, dont Besançon et Dole, de très peu.
  • Dans trois villages de la Meuse, l'eau reste 18 à 37 fois au-dessus de la limite, près d'un an après l'interdiction de la boire.

Les données s'arrêtent au 31 juillet 2026. La méthode complète est en bas de page.

Ce que mesure la limite de 0,1 µg/L

La limite porte sur la somme de 20 PFAS précis, et elle vaut 0,1 microgramme par litre au robinet. Elle vient de la directive européenne 2020/2184 sur l'eau potable, transposée en droit français fin 2022, et s'applique depuis le 1er janvier 2026. Depuis cette date, sa recherche fait partie du contrôle sanitaire courant de tous les réseaux.

Deux précisions, parce qu'elles changent la lecture des chiffres :

Le contrôle sanitaire publie aussi une « somme de 4 PFAS » (PFOA, PFNA, PFHxS et PFOS). Elle n'a pas de limite en droit français, et on ne peut pas la comparer au seuil de 0,1 µg/L. Tous les chiffres de cette page portent donc sur la somme de 20, et sur elle seule.

Le TFA n'en fait pas partie. Ce PFAS à chaîne très courte, dont on parle beaucoup depuis 2025, ne figure pas parmi les 20 substances réglementées. Un résultat conforme ne dit donc rien de lui.

26 millions d'habitants sans aucun résultat publié

Sur les 34 883 communes étudiées, 13 116 ont au moins une analyse publiée. Elles réunissent 42,5 millions d'habitants, soit 62 % de la population. Les 21 767 autres, qui en réunissent 25,9 millions, n'en ont encore aucune.

L'explication tient surtout au calendrier. Jusqu'à fin 2024, moins de 800 communes avaient jamais été analysées. La vague est arrivée au premier semestre 2025, avec 6 172 communes testées pour la première fois, à l'approche de l'échéance. Depuis, la surveillance progresse d'environ 3 000 communes par semestre. Et quand elle a lieu, elle reste mince : 6 921 communes n'ont qu'une seule analyse à leur actif.

La carte de cette couverture ne suit pas la carte des risques. Elle suit plutôt celle des agences régionales de santé. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, la quasi-totalité de la population est couverte (100 % dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-de-Haute-Provence, 96 % dans le Var). Paris est couverte à 100 %, les Hauts-de-Seine à 15 %.

DépartementPopulation couverteCommunes analysées
Martinique0 %0 sur 34
Mayotte0 %0 sur 17
Val-de-Marne12 %7 sur 47
Hauts-de-Seine15 %7 sur 36
Vendée21 %20 sur 253
Val-d'Oise22 %45 sur 183
Essonne28 %53 sur 194
Loire-Atlantique29 %16 sur 207
Maine-et-Loire31 %30 sur 176
Charente33 %81 sur 359
Bas-Rhin34 %193 sur 514

Parmi les grandes villes sans le moindre résultat publié figurent Strasbourg, Angers, Boulogne-Billancourt, Argenteuil, Nanterre, Vitry-sur-Seine, Créteil, Versailles, Saint-Nazaire, Fort-de-France et Mamoudzou. J'ai vérifié à la main pour Strasbourg, Angers et Boulogne-Billancourt : depuis janvier 2025, aucune ligne PFAS dans leurs résultats, ni la somme ni les molécules une à une.

« Aucun résultat publié » ne veut pas dire « aucune analyse ». Les résultats arrivent dans les données publiques avec plusieurs semaines de décalage, et les contrôles que les distributeurs font eux-mêmes n'y figurent pas. Ça ne veut pas dire non plus que l'eau contient des PFAS. Ça veut dire qu'on ne peut encore rien en dire à partir des données officielles.

113 communes ont dépassé la limite au moins une fois

Sur les 13 116 communes analysées, 4 407 ont eu au moins un résultat quantifiable, c'est-à-dire assez élevé pour être chiffré par le laboratoire. 113 ont dépassé 0,1 µg/L au moins une fois, et elles réunissent un peu plus d'un million d'habitants.

La plupart de ces dépassements sont des épisodes, pas un état permanent : la médiane de leurs résultats n'est au-dessus de la limite que dans 39 communes. Quelques villes moyennes illustrent bien la différence entre un pic et une situation durable :

  • Cherbourg-en-Cotentin : 15 résultats sur 66 au-dessus de la limite, avec un pic à 0,46 µg/L. Le dernier, le 30 juin 2026, est à 0,053.
  • Narbonne : 32 sur 128, avec un pic à 0,169. Le dernier, le 21 juillet 2026, est à 0,032.
  • Fos-sur-Mer : 49 sur 101, avec un pic à 0,75. Le dernier, le 29 avril 2026, est à 0,015.
  • Saint-Louis (Haut-Rhin) : 23 sur 35, avec une médiane de 0,21, soit deux fois la limite. Le dernier, le 13 juillet 2026, est passé sous le seuil de quantification.
  • Valence (3 sur 21) et Chambéry (3 sur 41) ont connu des dépassements ponctuels, et leurs derniers résultats sont nettement en dessous.

19 communes au-dessus de la limite lors du dernier prélèvement

C'est la liste la plus proche de la situation actuelle : les communes dont le dernier jour de prélèvement publié a donné au moins un résultat supérieur à 0,1 µg/L. La date compte. Pour certaines, ce dernier résultat remonte à plus d'un an.

CommuneDernier prélèvementRésultat (µg/L)Au-dessus de 0,1
Juvigny-sur-Loison (Meuse)1er juin 20263,716 sur 16
Louppy-sur-Loison (Meuse)8 juin 2026316 sur 16
Villy (Ardennes)12 janvier 20262,116 sur 16
Han-lès-Juvigny (Meuse)1er juin 20261,816 sur 16
Malandry (Ardennes)14 janvier 20260,715 sur 5
Blagny (Ardennes)20 mai 20260,6210 sur 10
Linay (Ardennes)9 septembre 20250,531 sur 1
Éhuns (Haute-Saône)8 juin 20260,51 et 0,0793 sur 4
Remoiville (Meuse)8 juin 20260,2116 sur 16
Saint-Symphorien-d'Ozon (Rhône)2 septembre 20250,184 sur 4
Plonévez-du-Faou (Finistère)16 juin 20260,141 sur 1
Guilers (Finistère)6 juillet 20260,141 sur 2
Aubord (Gard)8 juillet 20260,1312 sur 12
Mariac (Ardèche)24 juillet 20260,12515 sur 27
Messimy (Rhône)7 juin 20230,121 sur 1
Niévroz (Ain)24 juillet 20260,1165 sur 6
Thil (Ain)24 juillet 20260,10816 sur 23
Dole (Jura)21 juillet 20260,1039 sur 21
Besançon (Doubs)29 juillet 20260,1032 sur 28

Le haut du tableau a une histoire connue. Depuis le 10 juillet 2025, l'eau du robinet est interdite à la boisson et à la préparation des biberons dans 16 communes : 12 dans les Ardennes, dont Villy, Malandry, Blagny et Linay, et 4 dans la Meuse. Les préfectures évoquent l'épandage, près des captages, de boues de papeterie susceptibles de contenir des PFAS, une origine qu'elles disent encore à confirmer. Ce que montrent les données, c'est que la situation n'est pas résorbée : le 1er juin 2026, Juvigny-sur-Loison titrait encore 3,7 µg/L, trente-sept fois la limite.

Le bas du tableau appelle la prudence. À Besançon et à Dole, le dernier résultat est à 0,103 µg/L, soit 3 % au-dessus de la limite. Pour Besançon, c'est le deuxième dépassement sur 28 analyses. Un résultat de ce niveau ouvre une phase de contrôles renforcés, pas une interdiction.

À Éhuns, deux prélèvements ont eu lieu le même jour, l'un à 0,51 et l'autre à 0,079 µg/L. Je les publie tous les deux plutôt que d'en choisir un.

Ce qu'un dépassement déclenche, et ce qu'il ne déclenche pas

La conduite à tenir est fixée par une instruction de la Direction générale de la santé du 19 février 2025. Au premier dépassement, l'eau est considérée comme ponctuellement non conforme, et l'agence régionale de santé renforce les contrôles pour caractériser la situation. Si le dépassement se confirme, les mesures sont décidées en proportion du risque. Une restriction de consommation reste possible, en priorité pour les personnes sensibles (femmes enceintes, nourrissons, personnes immunodéprimées), et elle passe alors par un arrêté préfectoral.

Concrètement : un chiffre au-dessus de 0,1 sur une page de résultats ne signifie pas que l'eau est interdite. Si c'était le cas, votre mairie et l'ARS l'auraient annoncé, et leur consigne prime sur tout ce que vous lirez ici.

Que faire chez vous

Commencez par regarder votre commune. Le registre de la qualité de l'eau republie les PFAS avec les onze autres paramètres du contrôle sanitaire, commune par commune.

Si votre commune n'a aucun résultat, n'en tirez aucune conclusion, ni rassurante ni inquiétante. Votre mairie et votre distributeur d'eau peuvent vous dire où en est la surveillance de votre réseau.

Si votre commune est sous restriction, suivez la consigne de l'ARS : eau en bouteille pour la boisson et les biberons, tant que l'arrêté est en vigueur.

Si vous voulez filtrer vous-même, toutes les technologies ne se valent pas face aux PFAS, et l'agence américaine de protection de l'environnement (EPA) le dit clairement :

  • Le charbon actif, celui des carafes et de la plupart des filtres sur robinet, « fonctionne bien sur les PFAS à chaîne longue comme le PFOA et le PFOS », mais les chaînes plus courtes « s'adsorbent moins bien ».
  • Les membranes haute pression, dont l'osmose inverse, sont « généralement efficaces à plus de 90 % sur un large éventail de PFAS, y compris à chaîne courte ». L'EPA ajoute qu'elles conviennent particulièrement à un usage domestique, au point de puisage.
  • Les carafes filtrantes s'en sortent mal en pratique. Dans son test de septembre 2025, 60 Millions de consommateurs n'a trouvé aucune carafe qui réduise suffisamment le PFOA, l'un des PFAS les plus toxiques.

Deux règles d'achat viennent aussi de l'EPA. D'abord, cherchez une certification NSF/ANSI 53 (charbon, résines) ou NSF/ANSI 58 (osmose inverse) qui mentionne explicitement les PFAS : une certification sur le goût ou le chlore ne prouve rien sur ce point. Ensuite, changez les cartouches au rythme prévu par le fabricant, sans quoi le filtre cesse de protéger.

Sur les osmoseurs que j'ai retenus, je m'en tiens à ce qui est prouvé. La certification NSF/ANSI 58 du Waterdrop G3P600 atteste la réduction des sels dissous, pas une performance chiffrée sur les PFAS. Ce que garantit l'osmose inverse sur ces molécules vient de la technologie elle-même, telle que la décrit l'EPA, pas d'un test propre à chaque modèle.

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ModèleÉtagesProductionRéservoirNotePrix
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Si vous hésitez encore entre un osmoseur et une solution plus légère, le match est détaillé dans osmoseur ou carafe filtrante ?

Méthode

Source. Résultats du contrôle sanitaire de l'eau potable (ministère chargé de la Santé, base SISE-Eaux), via l'API Hub'Eau, licence ouverte Etalab. Paramètre « somme de 20 substances perfluoroalkylées », code SANDRE 8847, seul utilisé. Téléchargement le 19 septembre 2026 : 29 300 résultats, prélevés entre le 5 juillet 2022 et le 31 juillet 2026.

Rattachement aux communes. Hub'Eau rattache chaque résultat aux communes que dessert le réseau prélevé. Une commune desservie par plusieurs réseaux peut donc avoir des résultats qui n'en concernent qu'une partie.

Population. Population municipale INSEE, via l'API Découpage administratif (geo.api.gouv.fr). Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon sont exclus du calcul, car leur eau ne relève pas de ce contrôle sanitaire. Le périmètre compte 34 883 communes et 68,4 millions d'habitants.

Définitions. Un dépassement est un résultat strictement supérieur à 0,1 µg/L. Un résultat « quantifié » est un résultat chiffré par le laboratoire, par opposition à « inférieur au seuil de quantification ». Ce seuil varie d'un laboratoire à l'autre.

Questions fréquentes

Comment savoir s'il y a des PFAS dans l'eau de ma commune ?
Les résultats du contrôle sanitaire sont publics. Le registre de ce site les republie commune par commune, avec la date et la valeur de chaque paramètre. Si votre commune n'a encore aucun résultat PFAS, votre mairie ou votre distributeur d'eau peuvent vous dire où en est la surveillance. Voir le relevé de votre commune →
Quelle est la limite de PFAS dans l'eau du robinet ?
0,1 microgramme par litre pour la somme de 20 PFAS, depuis le 1er janvier 2026. Elle vient de la directive européenne 2020/2184 sur l'eau potable. La « somme de 4 PFAS », aussi publiée, n'a pas de limite en droit français.
Peut-on boire l'eau si elle dépasse 0,1 µg/L de PFAS ?
Un dépassement déclenche d'abord des contrôles renforcés, pas une interdiction automatique. Une restriction de consommation n'existe que si un arrêté préfectoral la prononce, et la mairie comme l'ARS l'annoncent alors. Tant qu'aucune consigne n'est donnée, l'eau reste distribuée.
Une carafe filtrante retient-elle les PFAS ?
Mal. Le charbon actif retient surtout les PFAS à chaîne longue, et le test de 60 Millions de consommateurs de septembre 2025 n'a trouvé aucune carafe qui réduise suffisamment le PFOA. L'osmose inverse est efficace à plus de 90 % sur un large éventail de PFAS, y compris à chaîne courte, selon l'agence américaine de protection de l'environnement.
Pourquoi ma commune n'a-t-elle aucun résultat PFAS ?
La recherche des PFAS ne fait partie du contrôle courant de tous les réseaux que depuis janvier 2026, et les résultats sont publiés avec quelques semaines de décalage. Fin juillet 2026, 21 767 communes n'en avaient encore aucun. L'absence de résultat ne dit rien de la présence ou de l'absence de PFAS.